En direct de Londres, une Bohème moderne qui tient la route

Par Christian Peter | jeu 30 Janvier 2020 | Imprimer

En 2015 la production mythique de La Bohème signée John Copley quittait définitivement et en beauté la scène du Royal Opéra House après avoir été régulièrement représentée pendant quatre décennies. A l’automne 2017, elle fut remplacée par une nouvelle production due à Richard Jones qui avait à l'époque séduit Jean-Michel Pennetier. La voilà de retour pour une série de représentations avec une retransmission dans les cinémas ce mercredi 29 janvier. Ce qui frappe d’emblée, c'est l’habileté avec laquelle Jones réussit à créer un spectacle résolument moderne tout en respectant le cadre spatio-temporel de l’action comme en témoignent les costumes, ainsi que les didascalies. Il se plait à opposer l’extrême pauvreté des personnages qui vivotent comme ils peuvent et l’opulence dans laquelle vit la bourgeoisie louis-philipparde. Ainsi au premier acte, le décor de la mansarde on ne peut plus minimaliste, une soupente en bois clair avec pour seul mobilier un poêle, une chaise et une vieille caisse tranche avec le luxe tapageur du deux et son triple décor, des galeries marchandes qui regorgent d’articles en tout genre, un restaurant chic en guise de café Momus et une rangée de réverbères flamants neufs pour encadrer le défilé militaire final. Au trois le décor souligne l’aspect sordide de la Barrière d’Enfer avec son cabaret miteux sous la neige.

Par rapport à 2017 la distribution est entièrement renouvelée à l’exception de Simona Mihai qui remplaçait Aida Garifullina souffrante. Sa musette exubérante et décomplexée se livre à un numéro haut en couleur à la fin du deuxième acte avant de se montrer touchante dans sa compassion au quatre. Les autres seconds rôles tous parfaitement crédibles sont interprétés pour la plupart par de jeunes artistes qui feraient presque passer les deux personnages principaux pour des vétérans. Gyula Nagy est un Schaunard réservé et ombrageux. Âgé d’à peine 30 ans Peter Kellner possède une voix à la fois sombre et juvénile, sa « Vecchia zimarra » au dernier acte est particulièrement poignante. Né en 1994, Andrzej  Filończy est le benjamin de la bande, il n’en possède pas moins une voix solide et un timbre non dénué de charme qui lui permettent de camper un Marcello pleinement convaincant. On le retrouvera dans le rôle de Schaunard à l’Opéra Bastille en fin de saison. Le rôle de Rodolfo sied à Charles Castronovo qui en fait un personnage à la fois fringant et dépassé par le drame qui se joue. Son timbre barytonnant ne manque pas d’attrait même si l’instrument semble émoussé dans le haut de la tessiture. Sonya Yoncheva enfin est une Mimi proche de l’idéal. La pureté de son timbre, la luminosité de ses aigus, les nuances dont elle parsème sa ligne de chant font mouche. Scéniquement elle est une cousette tout à fait idoine. Au pupitre Emmanuel Villaume adopte une direction dynamique avec un souci du détail et sens aigu du théâtre tant dans les scènes de comédie du deux que dans le dénouement dont il souligne l’aspect tragique sans pathos excessif.

Le 17 mars prochain, le Royal Opera House retransmettra dans les cinémas Fidelio avec Jonas Kaufmann.

 

 

 

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