Mort de Mady Mesplé : adieu à la Fée Clochette

Par Christophe Rizoud | dim 31 Mai 2020 | Imprimer

« Mon rêve aurait été de ne chanter que du Wagner et du Richard Strauss… ». Il y a souvent loin du rêve à la réalité. A défaut, elle fut la Fée clochette de sa génération : Olympia, Lakmé et, à une époque où ces rôles étaient confiés à des sopranos légers, Gilda (Rigoletto), Lucia et Rosine (Le Barbier de Séville), d’une voix qui courait sur trois octaves, du sol grave au contre-sol – « Je puis aller au-delà mais c’est un risque que je ne prends pas en représentation. Au disque, j’ai donné un contre-la bémol, et au travail je suis arrivé au contre-si bémol ». Madeleine Mesplé, dite Mady, vient de nous quitter.

Née à Toulouse le 7 mars 1931, premier prix de piano et de chant au Conservatoire de Toulouse, elle avait débuté en 1953 à Liège dans Lakmé évidemment ; fille du Brahmane encore à l’Opéra-Comique en 1956 et, sur cette même scène en 1960, pour la 1500e représentation du chef d’œuvre de Léo Delibes. Avant, il y eut en 1956 Zémire et Azor de Grétry à Aix-en-Provence et après, en 1962, Lucia di Lammermoor au Festival d’Edimbourg, qu’elle considérait comme le point de départ de sa carrière internationale : « Joan Sutherland, au dernier moment, a été défaillanteOn m’a proposé de la remplacer. A l’Opéra, dans mon entourage, tout le monde y était opposé. On trouvait que c’était de l’improvisation. ». A tort ; ce fut un triomphe… Suivront Zerbinetta dans Ariadne auf Naxos encore à Aix-en-Provence en 1966 ou Olympia dans la mise en scène des Contes d’Hoffmann par Patrice Chéreau en 1975. La liste, longue, aurait tôt fait de réduire l’art de Mady Mesplé aux acrobaties vocales d’un simple soprano colorature. Agilité, notes flûtées et aigus cristallins. Point final ?

Non. En 1965, la version française d’Elégie pour de jeunes amants de Henze lui ouvre les portes de la musique contemporaine. Betsy Jolas, Charles Chaynes, Paul Méfano écriront à son intention. Elle s’attache aussi à rendre ses lettres de noblesse à l’opérette. « Beaucoup s’imaginent que l’Opérette est un genre mineur […] Il faut parler et chanter, ce qui n’est pas simple, car la voix n’a pas la même place suivant l’un ou l’autre cas ; il faut avoir un physique, bien porter un habit, jouer, être fin, léger, amusant, il faut être à l’aise, savoir marcher, danser… ». Avant que le marketing ait hissé l’image au même rang – ou presque – que la voix, Mady Mesplé avait compris l’importance de l’apparence. Sans la moindre concession au chant, ses nombreux passages à la télévision contribuèrent à sa popularité.

Elle avait raconté dans son livre La Voix du corps (Michel Lafon, 2011) son combat contre la maladie de Parkinson, diagnostiquée en 1996 : « En 2001, je fais mes adieux à la scène. J’ai 70 ans et ils se déroulent dans la joie, alors que je les avais tant redoutés. Mais j’ai mal aux jambes, je perds l’équilibre. Aujourd’hui, je sens la maladie évoluer, je bouge de plus en plus mal et j’en souffre. […] J’ai peur de me retrouver seule. Peur de tomber. Lors de mes accès de fatigue, je broie du noir, je n’ai envie de rien, je reste au lit. Chanter face au public m’aidait à oublier que j’étais malade car son enthousiasme me galvanisait. ­Maintenant, je n’ai même pas envie de chanter pour moi. Ma voix s’est tue. ». Et pourtant, à travers ses nombreux enregistrements, cette voix continue, telle Lakmé, de nous donner son « plus doux rêve ».

 

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