Sous l'étoile de Mady Mesplé

Concert en hommage à Mady Mesplé - Toulouse

Par Yannick Boussaert | sam 27 Juin 2020 | Imprimer

Le décès survenu le 30 mai dernier de Mady Mesplé, ne pouvait rester sans hommage de la part du théâtre qui l’a éveillée à l’art lyrique et où elle s’est produite avec fidélité tout au long de sa carrière. Le Capitole saisit donc l’occasion donnée par l’assouplissement des contraintes sanitaires encadrant les salles de spectacle pour placer un concert de reprise « sous l’étoile de Mady Mesplé » pour reprendre les mots de Christophe Ghristi. L’heure n’est pas encore venue de célébrer Nicolas Joel, autre figure majeure de la vie lyrique toulousaine disparu le 18 juin, son nom ne serait pas mentionné et rendez-vous est pris en septembre pour un hommage à part entière.
Le récital s’ouvre donc sur un extrait de l’enregistrement de Lakmé de la soprano française. « Tu m’as donné le plus beau rêve », clin d’œil à la généreuse carrière de l’artiste. Puis, à distance calculée sur le plateau, pianistes et solistes, anciens élèves de Mady Mesplé, prennent place à tour de rôle. Le chant français est à l’honneur : Anais Constans et Stéphane Degout explorent quelques pages de Poulenc et Fauré. Elle, place le focus sur une diction toute déclamatoire qu’elle vient colorer d’un chant capiteux : La Reine des mouettes est rieuse, le Paganini bien ciselé. Lui, délivre une leçon de chant français en quatre mélodies assises sur un souffle inextinguible, une palette de couleurs à l’avenant et des intentions toujours justes et tempérées. Viennent ensuite Sophie Koch et Céline Laborie qui nous transportent en quelques mimiques dans le duo du Komponist et de Zerbinette. Le soprano un rien corsé de Céline Laborie n’en délivre pas moins des aigus cristallins quand Sophie Koch retrouve son rôle étendard qu’elle conclut, enflammée, par les toutes dernières répliques du Compositeur « Musik is eine heilige Kunst ».
Catherine Hunold, qui longtemps étudia avec Mady Mesplé, a choisi la Mort d’Isolde pour rendre hommage à sa professeure. Choix ardu que de se couler dans les exigences vocales et psychologiques de ce morceau bravoure qui vient normalement couronner quatre heures de représentation ! L’absence d’orchestre met la voix à nu. Aussi, passées les premières phrases ou la voix s’installe, Catherine Hunold déploie sa science toute propre de raconter le texte, de colorer les notes et de nuancer le chant. Nombre de phrases sont laissées comme suspendues en demi-teintes. Surtout, l’état si particulier d’Isolde dans cet air — meurt-elle où se transforme-y-elle ? — est parfaitement rendu. En quelques minutes, elle rappelle que si elle n’a porté le rôle qu’une fois à la scène à Prague, elle attend la maison française qui le lui confiera de nouveau.
Enfin, le Chœur du Capitole est exemplaire dans le Requiem de Fauré qui acquiert d’autant plus de légèreté et de lumière dans cette version seulement accompagnée au piano. Nino Pavlenichvili s’y efface avec élégance pour laisser toute leur place au chœur, rond, chaud et uni de bout en bout, et aux solistes : magistral Stéphane Dégoût au souffle infini et au phrasé dignifié ; Anais Constans dont les aigus sont autant de rayons qui illuminent le Pie Jesu. Un ingénieux système vidéo sur tablettes numériques permet d’assurer la coordination entre le plateau et le chef du chœur et la spatialisation des chanteurs permet d’apprécier la répartition en sous pupitres voulue par le compositeur. Distanciation physique oblige, les choristes ont été répartis sur toute la largeur du Paradis, clin d’œil au dernier mouvement du Requiem (In paradisum) et à la demeure céleste d’où Mady Mesplé les écoutait. 

 

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