Titus règne, mais c’est Sesto qui triomphe !

La Clemenza di Tito - Aix-en-Provence

Par Claude Jottrand | dim 10 Juillet 2011 | Imprimer
La Clémence de Titus, opera seria composé par Mozart en même temps qu’il écrivait la Flûte Enchantée, n’est pas une œuvre facile à monter. Est-ce la raison pour laquelle la mise en scène de cette nouvelle production aixoise a choisi le parti de la simplicité ? Fuyant toute réinterprétation ou relecture contemporaine, McVicar propose une simple représentation du texte, juste et claire, devant la somptueuse façade XVIIIe de l’Archevêché, avec pour tout décor ajouté un grand escalier, un treillage de jardin faisant office de claustra, et quelques éléments rappelant l’antiquité, buste d’empereur ou arche de pierre. Tout cela fonctionne très bien mais la fausse pierre devant la vraie vous a quand même une petite allure de carton pâte…
Les costumes (Jenny Tiramani), robes drapées et redingotes, rappellent à la fois l’antiquité et la toute fin du XVIIIe.
La grande force de ce travail tient dans l’attention portée à la caractérisation très consistante de chaque rôle, et au soin mis à représenter les relations entre les personnages : passion amoureuse de Annio et Servilia, sombres tension et chantage entre Vitellia et Sesto, solitude du pusillanime Titus. Un escadron de spadassins vient très heureusement animer la narration, ajoutant un peu d’action à ce qui, sans cela, pourrait bientôt générer l’ennui. McVicar n’hésite pas à adjoindre quelques traits d’humour, comme lorsque l’empereur, dans la dernière scène, se retrouve tout encombré, a la fois de son impérial manteau pourpre et de la fonction qu’il représente.
 
Le même souci de clarté anime la direction musicale : Colin Davis exprime avec lenteur le fruit de sa très longue expérience, ce qui lui permet de faire goûter, avec une certaine volupté, les magnifiques couleurs de son orchestre, d’exposer avec une grande science de l’étagement les différents niveaux de la partition, et de détailler avec précision les nombreuses vocalises dont Mozart a parsemé ses rôles. Face à une distribution vocale inégale, Sir Colin n’évite pas, hélas, quelques décalages entre fosse et plateau, portant plus d’attention à celle-ci qu’à celui-là.
 
La production souffre de deux défections : John Mark Ainsley, prévu pour le rôle titre mais empêché pour raisons de santé, ne peut assurer sa prestation. Au public déçu, on propose en remplacement, au pied levé, le ténor américain Gregory Kunde, un habitué du rôle qu’il avait déjà tenu à Bruxelles il y a bien longtemps. La voix n’est pas idéale, un peu engorgée, un peu usée, manquant de brillant et de vigueur, mais il campe son personnage avec discernement, jouant subtilement les différentes facettes de son caractère, à la fois hésitant et généreux.
L’autre défection, moins grave, est celle de Simona Mihai, qui devait chanter Servilia. Elle est remplacée par Amel Brahim Jelloul, jeune soprano née à Alger et formée en France qui tenait déjà le rôle ici même en 2005, petite voix tendre, avec beaucoup de fraîcheur.
Dès lors, la distribution est dominée par le Sesto de Sarah Connolly, magistralement tenu, tant sur le plan scénique que vocal : très à l’aise dans son costume masculin, elle aborde le rôle avec une palette de couleurs extrêmement large, qui lui permet de rendre, avec de subtiles nuances, tous les états d’âme par lesquels passe le personnage. Des moyens vocaux sans faille (magnifiques vocalises en duo avec la clarinette dans l’air « Parto, parto »), suscitent à la fois l’émotion et l’admiration du public.
Presque au même niveau, Anna Stephany, ancienne élève des Académies européenne de musique qui se tiennent chaque année à Aix, donne au très beau rôle de Annio toute la tension voulue, entre fragilité et détermination, suscitant elle aussi une belle émotion et une grande sympathie.
Beaucoup de qualités aussi, tant vocales que dramatiques, dans la prestation de Carmen Giannattasio en Vitellia, aveuglée par son désir de vengeance, mais touchée par la rédemption lorsqu’elle vient confesser ses crimes à l’empereur. En retrait, mentionnons le Publio de Darren Jeffery, sans ardeur ni éclat.
 
 
 
 

 

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