Un jour, une création : 27 mars 1860, un autre « Daphnis et Chloé »

Par Cédric Manuel | ven 27 Mars 2020 | Imprimer

En musique, lorsqu’on parle de Daphnis et Chloé, tout le monde se lève d’un bond et dit à l’unisson : « Maurice Ravel ». Certes, même après tous les autres, notre basque national a tué le match dans l’adaptation de ce vieux récit de la Grèce antique « signé » Longus. Mais avant, il y avait eu au moins un opéra sur le sujet, par Joseph Bodin de Boismortier en 1747, puis, voici tout juste 160 ans aujourd’hui aux Bouffes-Parisiens, salle Choiseul, une opérette signée Jacques Offenbach. Le récit grec avait donné lieu quelques années plus tôt à une pièce de Clairville et Cordier, qui en ont tiré à peu près directement le livret de l’opérette. 

On connaît l’histoire : le dieu Pan mettrait bien le grappin sur la bergère Chloé qui aime le beau Daphnis (rôle travesti pour une mezzo-soprano) lequel plaît aussi beaucoup à quelques bacchantes. Tout ce petit monde batifole et cela donne une sorte d’hommage aux ouvrages ou tableaux du XVIIIe siècle, comme un pastiche musical.

Et puisqu’il s’agit de rendre hommage au siècle précédent, Offenbach écrit sur ce livret une partition particulièrement aérée, délicate, sans outrance ni effets, qui reçoit un accueil chaleureux à l’issue de la première, y compris de la critique, qui juge tous les morceaux de la partition « agréables et réussis ». Un succès bienvenu pour Offenbach qui en a alors plutôt besoin, même s’il sera loin de suffire. Le compositeur est assez content de son ouvrage pour le présenter l’année suivante à Vienne dans une traduction en allemand, qui remporte à son tour un grand succès. Daphnis et Chloé sera à nouveau monté quelquefois les années suivantes mais disparaîtra ensuite durablement,  pour n’être repris ici ou là que dans le cadre de festivals universitaires compte tenu du peu de moyens qu’il requiert.

Voici près de 70 ans, il s’est trouvé au moins un orchestre allemand pour l’enregistrer. En voici donc l’ouverture, en effet assez délicate et plutôt bien captée malgré l'âge de la gravure, qui vous donnera peut-être envie d’écouter le reste, entièrement traduit en allemand cependant. Ce doit être la version de Vienne, en attendant une réhabilitation dans nos contrées, si le ballet de Ravel laisse une petite place à ce petit conte lyrique.

 

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